Les batteries comme infrastructure :

Les batteries comme infrastructure :

Related

Category: Article de blog | Tags: Batteries

Alors que le budget Canada Fort (2025) déploie 280 milliards de dollars en investissements en capital sur cinq ans, le secteur canadien des batteries connaît une rare convergence de volonté politique, de financement d’infrastructures et de demande du marché. Le séquençage stratégique est pertinent : une capacité de batterie accrue accélère l’adoption des VZE en éliminant les goulots d’étranglement de la chaîne d’approvisionnement, ce qui réduit à terme les prix et augmente l’exposition des travailleurs et des consommateurs nord-américains à cette technologie. La construction d’une capacité de batterie souveraine dès maintenant, parallèlement à un examen de la stratégie des VE, crée la base industrielle qui rend les objectifs de vente ambitieux réalisables et résilients aux perturbations géopolitiques.

Notre transition vers les VZE exige des batteries souveraines, et non l’inverse

La décision du gouvernement fédéral de suspendre la norme de disponibilité des VE en septembre 2025 a créé un espace propice à un recalibrage stratégique. Plutôt que de considérer cette pause comme un recul politique, nous devrions y voir une occasion de développer plus pleinement des chaînes d’approvisionnement contrôlées au niveau national afin de réduire les coûts, d’assurer la sécurité de l’approvisionnement et de capter les marges de fabrication à valeur ajoutée.

Le Fonds souverain pour les minéraux critiques de 2 milliards de dollars, le cadre « un projet, un examen » du Bureau des grands projets (avec des délais maximum de deux ans et un financement opérationnel de 213,8 millions de dollars), et la politique « Acheter canadien » établissent la réorganisation des priorités : l’infrastructure d’abord, la politique ensuite. Plus de 116 milliards de dollars de projets ont été renvoyés en deux tranches, créant des voies d’approvisionnement en matériaux de batterie, indépendamment du sentiment des consommateurs automobiles à un trimestre donné.

La Feuille de route pour l’innovation en matière de batteries d’Accelerate, élaborée en partenariat avec Ressources naturelles Canada, fournit le cadre stratégique pour transformer l’investissement dans les infrastructures en avantage concurrentiel à travers quatre priorités interconnectées : le traitement des minéraux en amont pour capter les marges à valeur ajoutée, l’innovation en milieu de chaîne dans les technologies de nouvelle génération (LFP, état solide, sodium-ion), le développement de la main-d’œuvre reliant l’industrie et les établissements de formation, et l’infrastructure d’économie circulaire pour le recyclage des batteries. Une action simultanée dans ces domaines clés mènera à des progrès significatifs.

Les batteries ne dépendent pas de l’enthousiasme pour les VE pour stimuler la croissance. Les besoins en stockage d’énergie stationnaire et en alimentation des centres de données augmentent indépendamment des courbes d’adoption automobile. Cette demande de batteries alimentant la stabilisation du réseau, le stockage d’énergie, la défense et l’infrastructure de données, garantit que la fabrication canadienne de batteries trouve des marchés au-delà des véhicules de tourisme. Lorsque la politique et la demande en matière de VZE rattraperont leur retard, cette capacité de fabrication deviendra l’atout qui permet, plutôt que de dépendre, des mandats réglementaires.

Succès récents : de l’annonce à la production

Les dernières semaines ont montré comment la réforme structurelle transforme les annonces en réalité :

Frontier Lithium a publié une étude d’impact socio-économique (17-21 novembre 2025) pour le projet de lithium PAK, projet pilote de l’Ontario dans le cadre du programme « Un projet, un processus ». Résultats projetés : contribution de 1,5 milliard de dollars au PIB, 3 000 emplois, 200 000 tonnes de concentré de spodumène par an sur 31 ans.

NextStar Energy a commencé la production de masse le 18 novembre 2025. L’usine de Windsor produit désormais des batteries LFP pour le stockage d’énergie à l’échelle du réseau et des batteries NMC pour les VE, démontrant que la fabrication canadienne de batteries est compétitive en termes de coûts et de flexibilité chimique, et pas seulement de volume.

Le système de stockage d’énergie par batterie Skyview 2 a été inauguré le 12 novembre 2025 — 411 MW / 1,86 GWh, le plus grand projet de stockage par batterie du Canada, capable d’alimenter 400 000 foyers. Cette infrastructure renforce la résilience du réseau tout en créant une demande intérieure pour les cellules de batterie canadiennes.

Nano One Materials a reçu 5 millions de dollars de financement fédéral (annoncé le 29 octobre 2025, lors de la réunion des ministres de l’Énergie et de l’Environnement du G7) pour augmenter la capacité annuelle de son usine de Candiac de 200 à 800-1 000+ tonnes de LFP. La réduction des coûts de production et de l’intensité énergétique répond directement à l’avantage de coût que la Chine détient actuellement dans les batteries LFP, qui dominent à la fois le stockage stationnaire et les VE abordables.

Ces projets reflètent les quatre domaines d’intervention de la Feuille de route pour l’innovation en matière de batteries d’Accelerate. Ce ne sont pas des études conceptuelles. Ce sont des capacités opérationnelles qui entreront en service en 2025-2026.

Les difficultés de la Chine sont une opportunité pour le Canada : mais la fenêtre se referme

La Chine domine la production mondiale de batteries et la dominera probablement jusqu’en 2030, mais en ce qui concerne les VE, la surcapacité structurelle menace de déstabiliser la compétitivité et les marges bénéficiaires nationales. Des dizaines de marques de VE en concurrence sur le marché intérieur, des subventions d’État alimentant la surproduction et l’exclusion des VE de la liste des industries stratégiques de la Chine pour 2026-2030 (la première omission en plus d’une décennie) signalent une reconnaissance des problèmes structurels.

Les marchés d’exportation offrent un aperçu de ce qui pourrait se passer ensuite, car les importations de VE de l’UE en provenance de Chine ont chuté de 10 % d’une année sur l’autre pour atteindre 13 milliards de dollars en 2024, tandis que les États-Unis et le Canada ont imposé des droits de douane de 100 %. Alors que les fabricants chinois de batteries sont confrontés à des contrôles à l’exportation et à une consolidation, et que les équipementiers occidentaux recherchent des alternatives, le Canada peut se positionner comme le fournisseur de batteries sûr et stratégiquement aligné pour les marchés nord-américains et alliés.

Les réformes d’autorisation, le capital d’infrastructure et les partenariats de chaîne d’approvisionnement qui se consolident actuellement détermineront si le Canada deviendra un fabricant à valeur ajoutée ou restera un exportateur de matières premières d’ici 2030. Construire des batteries avant les VE signifie construire avant que d’autres juridictions ne revendiquent l’empreinte manufacturière dont l’Amérique du Nord aura besoin.

[sharethis-inline-buttons]